Suis-je appelé ?

Question implicite car dans le contexte de la FMEF elle fait référence à « l'appel missionnaire » Que l'on comprend comme : je quitte mon pays et mon job pour apporter l'Évangile au-delà. Implicite aussi car elle suppose toute une série d'autres questions : Qui m'appelle ? En vue de quoi ? Comment ?

 

1.De qui pourrais-je être appelé ?

Du Christ, évidemment dans ce contexte. Or l'appel primordial de Jésus Christ, c'est « suis-moi. » Et si je dis « oui », je dois obligatoirement partir à sa suite ; hors de chez moi, hors de ma zone de confort, hors de mon programme, hors des chemins battus, et parfois, hors des quatre murs du lieu qu'on appelle église. Il n'y a pas de disciple qui « reste. »

Suis-je, donc, appelé ? La réponse est sans appel : oui.

 

2. En vue de quoi suis-je appelé ?

Ou devrait-on dire, suis-je envoyé ? Christ a envoyé les premiers disciples pour témoigner de lui à Jérusalem, en Judée, en Samarie et jusqu'au bout de la terre. Il n'y a pas de catégories « ici » et « là-bas » ; c'est la même mission, partout. C'est le deuxième point à saisir et auquel il faut répondre, chacun pour soi devant son Seigneur. Chaque chrétien reçoit en quelque sorte son ordre de marche de son capitaine. Ici, il n'y a pas de « pas apte » ou « objecteurs de conscience ».

Si on loupe cette étape, il y a fort à parier que la plupart d'entre nous finissions dans un marasme de maintien et non un dynamique de mission.

 

3. Comment ?

Quand on a répondu à l'appel du Christ : « suis-moi, » et qu'on est chaussé, prêt à partir là où il veut nous envoyer, le lieu et le type de service peuvent ensuite se dessiner, que ce soit de façon immédiate, dramatique, en crescendo, paisible où même se confirmer parce qu'on en avait déjà l'intuition. C'était le cas pour moi. D'ailleurs, ne devrait-on pas dire les lieux, et les services, car au cours d'une vie, cela peut changer plus d'une fois.

A cette étape, il est question de la direction de Dieu, et du discernement de l'Esprit ; en nous certes, mais aussi dans l'Église, corps de Christ.

Et c'est là que devrait se trouver la question suivante : le Christ m'appelle-t-il à le suivre en dehors de mon pays et en dehors de mon boulot, ma carrière ? Un des pionniers de Wycliffe, le linguiste Ken Pike, a complètement retourné la question, ce qui donne : Suis-je appelé à ne pas quitter mon pays, mon boulot ? C'est mettre la chaussure sur l'autre pied ! 

Même si Ken écrivait à partir d'une autre culture, et d'une autre époque, le fond de ses propos reste profondément actuel : pourquoi aujourd'hui va-t-il de soi qu'on ne parte pas, qu'on ne se laisse pas déranger ?

Car l'invitation de Jésus à le suivre va nécessairement me déranger puisqu'elle implique un changement de capitaine à bord de ma vie. Et ce capitaine peut décider de m'appeler dans une toute autre direction que moi-même j'aurais choisie ou pensée. Eh oui, c'est radical, qu'il s'agisse d'un appel à le servir dans l'école où j'enseigne, dans les prisons ou dans la traduction de la Bible au Tchad.

Cela peut donner le vertige et même faire peur, très peur. Et pourtant, ce même Jésus nous rassure : n'aie pas peur, je suis là à tes côtés. J'ai la barre bien en main, nous ne coulerons pas, et tu vas voir la pêche qu'on va faire ! Les disciples ont parfois été mis à rude épreuve, mais ils n'étaient jamais délaissés du Seigneur.

Suis-je donc appelé ? Oui ! Suis-je alors, envoyé ? Oui !
Comment ? Question ouverte, réponses multiples, à choix : direction et accompagnement promis.

 

Jane Maire (juin 2012, Wycliffe Suisse)